Sur TV5 Monde, Bruno Tshibala rassure de la tenue certaine des élections

0

Le Premier ministre Bruno Tshibala était, jeudi 14 septembre 2017, l’Invité de l’édition du Journal Afrique de TV5 de 21 H30’, heure de Kinshasa. Il en a profité pour éclairer l’opinion internationale sur l’application de l’accord du 31 décembre 2016 et le processus électoral. Dans cet entretien de 11, 18 secondes, le chef du gouvernement congolais a aussi, en termes clairs, expliqué les questions de l’heure en rapport avec l’opposition politique, la situation sécuritaire du pays et le rapatriement au pays de la dépouille mortelle d’Etienne Tshisekedi pour des obsèques. Entretien.

TV5/Monde : Bruno Tshibala, d’abord une question : Vous êtes un opposant ou de la Majorité présidentielle ?

Bruno Tshibala : Je suis au jour d’aujourd’hui le doyen des opposants congolais, 36 ans de combat. Donc, après le décès du Président Tshisekedi, je suis le doyen des opposants congolais, donc je suis un opposant historique.

Et le Premier ministre au pouvoir ?

La suite de la signature de l’accord du 31 décembre disposait que le gouvernement de la République sera dirigé par un membre du Rassemblement, donc de l’opposition, et que le président de la République restait en fonction et qu’on allait confier le Conseil national du suivi de l’accord (CNSA) au président Tshisekedi. Après la mort d’Etienne Tshisekedi, nous l’avons confié à un autre opposant qui est donc le doyen des opposants aujourd’hui, Joseph Olenghankoy.

Vous avez été exclu du Rassemblement, Monsieur…

Si je suis le Premier ministre de la République, c’est en application de l’accord que nous avons signé le 31 décembre, accord qui constitue pour nous la feuille de route que nous devons suivre jusqu’à la tenue des élections.

Est-ce que le président Joseph Kabila ne vous a pas utilisé pour diviser l’opposition ?

C’est le président Kabila qui avait demandé aux évêques du Congo d’organiser un deuxième dialogue, après celui de la Cité de l’Union Africaine, en offrant leurs bons offices. Nous sommes arrivés à signer un accord et comme je venais de le dire, c’est en application de cet accord que je suis devenu Premier ministre. Lorsque j’étais en prison, j’avais été sollicité pour devenir Premier ministre, j’avais décliné. C’est parce que nous avons dialogué, nous avons négocié, nous avons signé un accord qui a été validé par le président Tshisekedi et c’est dans ces conditions que j’ai accepté de devenir Premier ministre, chef du gouvernement.

Et même cette nomination, la médiation des évêques de la CENCO dit aujourd’hui que c’était une entorse à l’accord dans un communiqué publié au mois d’avril 2017.

Madame, je vous informe qu’en application de l’accord qui a été signé et qui a été validé, accepté par le président Tshisekedi, j’ai été nommé Premier ministre. Je dirige le gouvernement au nom de l’opposition. Les accords prévoient que le gouvernement soit dirigé par un opposant et le président Kabila a choisi le porte-parole du Rassemblement, celui-là même qui a modéré les travaux de Genval, qui nous ont conduits à demander et à obtenir un dialogue inclusif qui nous a permis d’avoir l’accord que nous sommes en train d’appliquer aujourd’hui.

Revenons sur les points de cet accord. Toujours pas de date fixée pour l’élection ? Pour vous, qu’est-ce qui manque pour que cette élection ait lieu ?

Il a été convenu que nous devrions organiser les élections à la fin de cette année. Mais, il y a une incise qui dit « toutefois », c’est-à-dire que si toutes les conditions ne sont réunies, il y a une tripartite c’est-à-dire le gouvernement, la CENI et CNSA devraient se rencontrer pour faire l’évaluation du processus. Et au terme de cette évaluation, un calendrier devrait être publié. Nous sommes en train de parachever la mise en œuvre de cet accord. Il y aura une tripartite réunissant les institutions que je viens d’indiquer et à la suite de cette évaluation on dira à quel moment nous irons aux élections.

Les élections que nous voulons avoir doivent être différentes des deux premières que nous avons connues et qui avaient débouché sur des violences et des contestations. Nous voulons avoir une élection crédible, transparente et qui débouche sur la paix. Et donc, nous sommes en train d’œuvrer pour que cette élection ait lieu. Mais, si nous ne pourrons pas l’avoir cette année, vous savez que dans le Kasaï que c’est à peine que nous avons commencé les enrôlements.

Justement l’enrôlement au Kasaï a débuté, mais, on sait que la région est plongée dans un KO depuis un an. Qui était à l’origine de ces violences ?

La violence est née d’un conflit banal opposant un chef coutumier avec un autre et voilà cela a donné lieu à des tragédies, à des drames et cela a retardé les opérations préélectorales dans cette partie du Congo dont je suis ressortissant moi-même. Et donc, à la suite de toutes ces contraintes, nous pensons que les élections qui devraient avoir lieu cette année, nous attendons que la CENI après que nous ayons fait cette évaluation, nous disent à quel moment nous seront en mesure de les organiser. Nous voulons avoir des vraies élections, des élections crédibles, sérieuses et qui débouchent sur la paix et non sur des contestations.

Je reste sur cette question du Kasaï. Vous accusez la milice de Kamuina Nsapu du meurtre des deux experts de l’ONU, il y a six mois. Mais, il y a eu des révélations de nos confrères de RFI qui mettent en doute cette version officielle et qui pointent du doigt la responsabilité des autorités congolaises. Que répondez-vous à cela ?

Nous avons demandé qu’il y ait une commission d’enquête et ces enquêtes ont eu lieu. Nous arriverons à savoir qui effectivement. Mais, pour nous, ce ne sont pas les Congolais, l’armée congolaise, ce sont des terroristes qui sont à la base de ces meurtres que nous regrettons infiniment. Et donc le moment venu on fera la lumière, mais pour nous, les choses sont claires. Ce sont des terroristes qui opèrent et qui créent la désolation dans cette partie du Congo.

Pourquoi aujourd’hui vous refusez qu’il y ait une commission d’enquête indépendante?

Nous avons dit que nous étions disposés à ce qu’on vienne enquêter, mais, nous savons que ceux qui sont à la base de ces meurtres, ce sont ceux-là qui ont semé la désolation, qui ont semé la mort, toutes sortes de tragédies dans cette partie du territoire national.

Nous allons parler de la question sécuritaire. Aujourd’hui, il y a une grande insécurité au pays, la région du Kasaï est le théâtre des violences depuis un a et demi. Les évasions se multiplient à Beni et à Makala. L’opposition vous vous accuse aujourd’hui de semer le KO pour qu’il n’y ait pas d’élections. Qu’est-ce que vous leur répondez ?

La sécurité, c’est l’une des missions dévolues à mon gouvernement. Nous allons mettre tout en œuvre pour sécuriser les personnes et leurs biens de telle sorte que le pays pacifié, nous soyons en mesure d’aller à une élection qui ne sera pas sujette à des actes de violences et autres. Ce que vous appelez l’opposition, l’opposition est avec le courant du Rassemblement que nous représentons. Les autres, ce ne sont pas des opposants. Vous savez, ils nous ont rejoints en 2015. Nous disons simplement que nous avons signé un accord.

Est-ce que ce chaos profite au pouvoir ?

Pas du tout. Le pouvoir fait tout pour créer les conditions de sécurité dans l’ensemble du territoire national. Donc, on ne peut pas dire que l’insécurité profite au pouvoir. Il n’est pas exact de le dire, c’est faux et archifaux.

Est-ce que dans la région du Kasaï une trêve est envisagée avec les miliciens Kamuina Nsapu déjà ?

Pour le moment, il n’y a plus de problème. La situation est sous contrôle. Il y a quelques terroristes qui sèment le désordre par ci par là, mais, dans l’ensemble, le gouvernement contrôle la situation.

Ça fait huit mois depuis que la dépouille d’Etienne Tshisekedi est bloquée à Bruxelles. Sa veuve Marthe a même lancé un appel sur notre chaîne. Pourquoi son corps ne peut pas être enterré en RDC ?

J’ai pris l’engagement, le président de la République également, d’offrir au président Tshisekedi les obsèques qu’il mérite, en tant qu’un grand patriote, un grand homme d’Etat congolais. Toutes les conditions sont réunies pour que dans les prochains jours, le corps soit rapatrié.

Il y a une date ?

Je ne peux pas me permettre d’avancer une date, mais, dans les prochains jours le corps sera rapatrié et le président Tshisekedi aura droit à des obsèques qu’il mérite, des obsèques grandioses.

C’est une promesse que vous faites sur ce plateau ?

C’est un engagement que j’ai pris devant la Représentation nationale et dans toutes mes prises de position. Etienne Tshisekedi qui est mon compagnon de lutte, sera enterré avec honneur dans son pays d’origine.

CELLULE DE COMMUNICATION DE LA PRIMATURE