Journée du 8 mars : Samy Badibanga se confie à la presse féminine

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Le Premier ministre, Samy Badibanga Ntita, était l’invité spécial du Magazine télé Spécial mois de la Femme, le 8 mars 2017, animée par trois journalistes femmes parmi les meilleures du pays : Laurette Mandala d’Afrika TV, Angèle Mabiala de la RTNC et Arlette Butela de Télé 50. C’tétait en marge des manifestations de la Journée internationale de la Femme dont le thème principal était « Ensemble pour la parité 50/50 à l’horizon 2030. Investissons dans le travail décent et de plein emploi pour les femmes dans un climat de paix et d’équité ».  C’est avec la sérénité et la perspicacité intellectuelle qu’on lui connaît que le chef du Gouvernement a répondu aux questions de ces chevalières du micro. Ci-après le jeu des questions-réponses entre le Premier ministre et la presse féminine.

 

Quelle est la  vision du gouvernement par rapport à ce thème pour atteindre la parité dès lors qu’on sait que vous avez la charge de conduire un gouvernement qui est constitué de 67 membres avec juste 5 femmes ministres et 3 vice-ministres?

Cette question doit être dite en trois sphères :  privé, travail et institutionnel. Vous abordez là une question institutionnelle. Le  gouvernement d’union nationale est arrivé à la suite d’un accord politique. Donc il y avait beaucoup d’équilibre qu’il fallait respecter. Bien sûr la femme a subi une certaine injustice mais le problème se pose au sein des partis politiques. Ce sont des partis politiques qui devaient présenter leurs candidats, c’est le premier élément. Deuxième élément, il n’y a pas beaucoup de femmes qui sont présidentes d’un parti politique ou encore hauts cadres de parti politique. Mais au-delà de cela, il y avait d’autres équilibres qu’il fallait respecter notamment   l’équilibre provincial, la compétence et tant d’autres éléments qui ont fait que, malheureusement, on n’a pas pu avoir suffisamment  de femmes dans ce gouvernement. Mais ceci étant, nous allons encore faire un effort dans les jours à venir, d’essayer d’avoir plus de femmes dans nos institutions. Mais là aussi, la femme doit faire un effort, l’on a remarqué et la CENI l’a dit, même sur le plan de l’enrôlement, le nombre des femmes est en baisse, en  régression. Elles devraient faire plus attention aux obligations,  sinon à la gestion de la chose publique pour pouvoir se présenter à différentes élections.

Sur le plan du travail, l’on a aussi  remarqué qu’il n’y a pas de femmes non plus dans les entreprises ou dans la Fonction  publique. Mais là encore, il y a un petit problème. Nous voyons que la femme est plus présente dans le circuit informel. L’économie rurale est tenue par les femmes mais cette économie,  qui représente près de 70% de l’économie nationale, est dans l’informel. Nous devons trouver des voies et des moyens de ramener les femmes  dans le circuit formel en leur  octroyant  des crédits sinon en passant par la coopérative. Cela nous amène aussi dans la sphère privée où l’on voit que la femme a déjà des désavantages à la source, notamment  au niveau de la famille, Il y a même un problème culturel. Et les avantages ou lorsqu’il faut consentir des sacrifices, on les fait souvent pour les garçons. Et  quand il faut faire le choix d’un héritier, c’est surtout les garçons. Avec tout ça, il y a vraiment un effort à faire à tous les niveaux…faire un effort de toucher à la culture pour évoluer.

La femme a des désavantages au niveau de la source, vous l’avez dit. Revenons à  la sphère institutionnelle, comment peut-on arriver à la parité, tant que les femmes sont mises à l’écart et ne bénéficient pas de l’égalité de chances?

Il faut un travail civique, il faut de l’éducation, essayer d’amener la culture à cette élévation pour permettre aux femmes de participer à toutes les étapes de la vie sociale.

En tant que Premier ministre, comment jugez-vous l’efficacité de la femme en RDC?  

Les femmes sont très efficaces. On le voit dans les résultats scolaires. Les femmes peuvent apporter beaucoup, notamment sur le plan de la  loyauté. L’on voit que beaucoup des responsables ont comme assistant, secrétaire particulier, des femmes. Je crois qu’il ne faut pas beaucoup d’efforts à fournir pour arriver à la parité. On doit y travailler mais tous ensemble pour arriver à un résultat positif.

Monsieur le Premier ministre, vous avez évoqué le secteur informel. A quand votre descente sur terrain, auprès des maraîchères de Rutshuru…dans les Malewa à Kinshasa…

Sur le plan économique, l’année 2016 s’est clôturée par un déficit de 515 milliards de FC. On a pu le ramener à 503 milliards de FC. On a réellement commencé le travail depuis le mois de janvier2017 après l’investiture du 22 décembre, les différentes remises et reprises , les fêtes de fin d’années…Nous avons pu avoir un excédent budgétaire de 6 milliards de FC en janvier, et un excédent au mois de février de 3,5 milliards de FC, ce qui fait 9,5 milliards. Nous avons remonté les chiffres qui étaient prévus pour la CENI, qui sont passés de 18 à 28 milliards de FC. Nous avons fait un effort pour la politique monétaire de la Banque centrale, où l’on donnait 1.3 milliard de FC aujourd’hui l’on est à 4 milliards de FC. On doit aujourd’hui revenir à la réalité des chiffres. Il y a beaucoup de travail et beaucoup d’urgence à la fois. Il ya des cas humanitaires suite aux dernières pluies diluviennes. Nous n’avons pas oublié les mamans maraichères. Je vais passer les voir. Les ministres sectoriels le feront. Moi-même, je descendrai sur terrain pour les rencontrer, qu’on discute par un dialogue consentant,  par une participation inclusive pour les amener vers le haut.

Parlons politique à présent. Monsieur le Premier ministre, vous êtes issu de l’Accord du 18 octobre, juste après, il y a eu  l’Accord du 31 décembre avec la médiation de la CENCO, mais il y a aujourd’hui blocage sur les arrangements particuliers. Comment entrevoyez-vous l’avenir?

L’Accord de la CENCO n’annule pas celui de la Cité de l’Union africaine. La CENCO, à ce que je sache, n’est pas une institution de la République. Elle est cependant en train d’accomplir une mission noble, celle de pouvoir obtenir l’inclusivité et de mettre tous les r-dCongolais ensemble. Cette mission a été donnée par le Chef de l’Etat, président de la République. Ceci étant, la mission n’est pas facile. Elle est délicate, voire difficile. On le voit avec l’atomisation du Rassemblement qui a plusieurs ailes. Même les plateformes qui ont composé ce Rassemblement hier ont des problèmes. L’on comprend que ces problèmes sont dus à la mort du président Etienne Tshisekedi. Il faut le dire, parce que beaucoup de gens semblent l’oublier, le Rassemblement n’a pas été fait autour d’un projet, encore moins d’une idéologie mais autour d’un homme qui portait en lui toute la légitimité, Etienne Tshisekedi. Le problème qui est au Rassemblement  va poser effectivement des difficultés à la CENCO. Mais ce n’est pas le rôle de la CENCO d’aller régler les différends politiques dans les différents camps. J’espère tout simplement que les acteurs politiques reviendront à la raison un moment donné avec plus de responsabilité pour pouvoir se mettre ensemble, discuter et obtenir ce consensus.

Le Rassemblement est qualifié par certains d’un monstre à plusieurs têtes. Monsieur le Premier ministre,  à qui profite le désordre au sein du Rassemblement?

Je ne parlerai pas de monstre. Je leur laisse ce choix-là.

Au lieu de se demander à qui profite le trouble, il faudrait plutôt voir qui est-ce  que ce trouble désavantage. C’est l’opposition qui est en train de perdre, l’opposition en général. Aujourd’hui, cette opposition est éclatée, il y a plusieurs voix. Pourtant si elle se met ensemble, je pense qu’elle obtiendra beaucoup.  On aurait pu le faire à la Cité de l’UA, malheureusement ça ne s’est fait pas.               Mais il n’est pas trop tard, on peut encore y travailler.

On n’accordait pas beaucoup de chance au gouvernement Samy Badibanga. Pas plus de 30 jours! Pourtant il s’installe, petit à petit,  dans la longévité. Comment vivez-vous cela?

Tranquillement, sereinement, en faisant mon travail. On a été investi par l’Assemblée nationale. On n’est pas du tout inquiet. On est au gouvernement pour travailler, s’occuper de l’économie,  des problèmes sociaux de nos compatriotes.

Vous dirigez un gouvernement d’union nationale avec ses toutes ses tendances. Comment vous y mettez-vous?

Hier [le 7 mars] nous avons eu une partie de la réunion du Conseil des ministres que le Chef de l’Etat m’a chargé de présider…Nous sommes un gouvernement. Nous sommes une équipe. Nous travaillons ensemble pour un même objectif. Atteindre cet objectif est un défi pour tout le monde.

On impute au gouvernement Badibanga la dépréciation du Franc congolais. Que fait le gouvernement pour maîtriser cela…Et à quoi est due cette dépréciation?

Une dépréciation n’arrive pas en cinq jours. Nous héritons  cette situation. le coût de la productivité  a beaucoup diminué. Nous avons vu que l’activité minière a connu des problèmes à cause du prix de différents métaux précieux. Mais aujourd’hui les prix de ces différents métaux sont en train de remonter. Notre taux de croissance n’était basé que sur le cuivre, le cobalt…sur différents métaux. Ce n’était pas une croissance inclusive. Aujourd’hui nous sommes dans un plan où nous essayons d’atteindre une diversité de  l’économie, renforcer la mobilisation des recettes, on l’a vu avec les deux mois qui viennent de s’écouler. Nous pensons qu’on pourra arriver à quelque chose. Nous luttons contre cette dépréciation.

Récemment, le gouvernement a trouvé un compromis avec les pétroliers distributeurs qui a abouti à une légère hausse des prix. Curieusement, cette hausse des prix est considérée par certains analystes comme un exploit du gouvernement. En quoi la légère hausse des prix produits pétroliers constatée constitue-t-elle un exploit pour le gouvernement? 

C’est une situation qui ne date pas d’aujourd’hui. Les importateurs des produits pétroliers ont la corde au coup. Ils se sont retrouvés avec des réserves réduites et des finances très limitées  suite au  taux de change, ils ont bénéficié d’un taux de change de 1154 FC/$ alors que sur le marché le taux de change était à 1300FC voire 1320 FC le dollar. Cela les a poussé au bout d’un certain moment de demander  une augmentation de 16% du prix du carburant à la pompe. Ce que le gouvernement n’a pas accepté car avec une telle augmentation, les prix sur le marché allaient trouer le plafond. Nous avons toutefois négocier en partenariat en se respectant les uns les autres. Nous avons revu les charges qui pesaient sur ces différentes entreprises.   Nous avons revu  le volume d’importation des produits pétroliers parce que celui qu’on nous présentait n’était pas un volume réel. Ce qui nous a permis de faire une augmentation dans un premier temps de moins de 5%. Mais nous allons mener des audits pour savoir plus loin qu’est ce qui se passe dans ce secteur notamment sur la fraude. On a des produits pétroliers qui viennent un peu partout et que l’on vend dans la rue. En réglant ces différents problèmes, nous pensons arriver à un prix stable dans les semaines ou mois à venir.

Monsieur le Premier ministre, lors de l’investiture de votre gouvernement à l’Assemblée nationale, vous avez fait une promesse: la maternité gratuite à tous. Une promesse qui a été bien accueillie surtout au Kasaï. Où en -êtes vous avec cette promesse?

Vous avez parlé du thème de la journée internationale  de la femme, atteindre un objectif entre 2016 et 2030. La maternité gratuite est aussi un objectif à atteindre. il y a un processus, un parcours. Nous sommes entrain de travailler notamment sur le budget que nous allons présenter bientôt à l’Assemblée nationale. Nous allons à cette occasion donner les chiffres pour voir  quel est le travail réel que nous devrons faire  pour pouvoir obtenir non seulement ces accouchements  mais aussi les soins des enfants de moins de 5 ans par la gratuité.